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101e km

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22 juillet 2026

Oublier la Coupe du Monde 2026 !

Il était temps que ce Mondial se termine pour pouvoir l’oublier. Comme d’hab, Trump pratique l’autosatisfaction, chaque fois qu’il est impliqué, même de loin. Il est facile de reprendre chacune de ses affirmations pour comprendre que c’est tout le contraire qui s’est produit. C’est comme sa politique étrangère : rien que des feux mal éteints.

 

J’avais parié sur la victoire de l’Argentine car tout était réuni pour. D’abord, le hasard a bien fait les choses en la plaçant dans un groupe avec le Cap-Vert, l’Australie et l’Égypte, rien que des équipes de la 2nde division du tournoi. Ensuite, comme le hasard a été décidément bien inspiré, l’Argentine rencontrerait l’Algérie, la Colombie ou le Ghana. Finalement, il a fallu batailler contre la Suisse qui a émis des doutes sur l’arbitrage. Déjà en 2022, consignes avaient été données de laisser jouer les favorites ; ce qui a bien facilité l’arrivée de l’Argentine en finale. Qu’on se rappelle comment les Coréens étaient fréquemment pulvérisés par les Argentins. Les commentateurs s’enflammaient en remarquant : « Il conserve le ballon ». À quel prix ! D’ailleurs, cette fois, l’Algérie qui a rencontré l’Argentine lors des « éliminatoires » (puisque tournoi à 48 équipes…) a déposé un recours qui n’a aucune chance d’aboutir, surtout contre Messi qui méritait un carton rouge qui l’aurait privé du record de buts marqués. Pendant ce temps, les rivales ont dû affronter des équipes équivalentes ou de nature à créer la surprise. Pour le dire autrement, les autres équipes sont arrivées en ayant laissant des forces dans les batailles. Nous pensons à la France qui a affronté une rugueuse équipe du Paraguay qui a pratiqué l’antijeu et la brutalité jusqu’à la dernière minute. Le Paraguay est un petit État enclavé du cône sud, dont l’économie repose sur ses bonnes relations avec le Brésil et l’Argentine. Qu’est-ce qui a pris à ses joueurs ? D’habitude, le Paraguay offre un jeu lent mais agréable à regarder. Pas étonnant que les Français se soient montrés amorphes contre l’Espagne et même contre l’Angleterre dans ce match des battus, regardé par les derniers supporteurs et par ceux qui n’ont pas pu se payer le billet pour la finale. D’ailleurs, certaines places étaient vendues 10 000 $. Il faut ajouter le voyage, les déplacement entre 3 grands pays, les transports et les places de stationnement payantes.

 

Rappelons comment les autorités étatsuniennes ont traité des supporteurs africains mais aussi écossais… Comment elles ont traité des équipes, notamment africaines à la douane. Comment l’Iran a dû jouer au Mexique car interdit de territoire alors qu’une guerre oppose la puissance perse à la puissance américaine. Un arbitre international (du Kenya) a été refoulé avant le début de la compétition. De tout cela, les commentateurs français n’ont pas parlé. Il faut dire que le groupe M6 (filiale de Bertelsmann) était tellement content d’avoir décroché l’exclusivité des matches qu’il n’allait pas cracher dans la soupe. Tout paraissait tellement merveilleux : les matches étaient tous de grande qualité, l’arbitrage irréprochable voire exemplaire, pas de mauvais geste. RAS TVB.

 

Finalement, les Argentins à force de se voir tout permis ont pêché un peu trop au cours de cette finale oubliable. Ils n’ont pas tiré une seule fois au but alors même que c’est la finalité de ce sport. Ils étaient tellement convaincus que, comme lors des rencontres précédentes, un deus ex machina allait venir à leur secours à la dernière minute. Et puis, c’est l’Espagne qui est venue à bout. C’est probablement la meilleure équipe du siècle jusqu’à présent. Son palmarès le montre largement. Celui de l’Argentine en Coupe du Monde est plutôt contestable. Première étoile en 1978, à domicile, sous la dictature. 2e étoile en 1986 après « la main de Dieu » qui a aidé le grand Maradona a marquer le but de la victoire. En 2022, on se pose encore des questions, tout comme on se demande comment Messi a obtenu le Ballon d’Or cette année-là où il avait peu joué au cours de la saison. Gageons qu’il obtiendra compensation ce coup-ci pour honorer une carrière ou pour offrir à l’Argentine un lot de consolation, car Messi, n’a pas battu le record du nombre de buts au cours du tournoi. Qu’importe ! S’il fallait compter les buts d’un joueur pour lui attribuer le Ballon d’Or, où irions-nous !

Image minutouno.com

Les images officielles n’ont pas diffusé celles de l’agression des joueurs ibériques par leurs homologues argentins. Pourtant, ça a castagné. Les Argentins sont mauvais perdants. On les savait déjà mauvais gagnants pour avoir commis des gestes obscènes avec le trophée prestigieux dès sa remise lors de la finale de 2022. Aucune sanction, bien entendu ; pas même de remontrance en haut-lieu. Cette fois, il semblerait que l’arbitre ait sorti le carton rouge… après la bagarre. Il n’en sera rien non plus. Certains insinuent que la FIFA pourrait tout de même interdire l’Argentine de Coupe du Monde pour les 3 prochaines années… Malheureusement, c’est bien quelque chose de ce genre qui risque d’arriver ; s’il arrive quelque chose.

 

Une Coupe du Monde à oublier, donc mais il semblerait que ce soit au contraire la première d’une nouvelle ère. Infantino, vient d’obtenir la promesse d’être réélu de la plupart des fédérations. Il pourra donc imposer un tournoi à 64 équipes. On peut imaginer dans quel état seront les joueurs des 8 dernières sélections. Peu de temps s’écoulera avant que « la pause fraîcheur » ne devienne la fin du 1/4 temps pour diffuser de la publicité. On peut même envisager 4 x 1/4 temps avec de vraies grandes coupures. Des gens comme Infantino et Trump pourront se féliciter des millions que ça rapportera, puisqu’il n’y a que ça qui les intéresse. Trump et Infantino s’entendent merveilleusement bien. Il a suffi que le 1er fasse savoir au 2e qu’il fallait annuler l’exclusion d’un joueur étatsunien pour que la commission d’arbitrage, impartiale comme chacun sait et à l’abri des pressions (dixit M. Collina lui-même), exécute. Par conséquent, il n’y a aucune raison que ça ne continue pas.

 

Un mot sur les Bleus, invincibles jusqu’à ce qu’ils soient vaincus, par une « Roja » qui n’a pourtant pas montré son meilleur jeu, loin de là. Dommage pour M. Didier Deschamps qui aurait mérité de terminer par une victoire. Il n’est pas non plus irréprochable. D’habitude, la « petite finale » permet de faire tourner l’effectif. Lui, s’est entêté dans son schéma de jeu pour une rencontre sans enjeu. Ça aurait fait plaisir à tant de bons joueurs. Qu’est-ce que ça aurait coûté de faire rentrer ceux qu’on n’a pas beaucoup vus. Les Anglais l’ont fait et ont gagné… Les commentateurs ont regretté que le vieil N’golo Kanté n’a pas joué du tout pendant toute la compétition. Il part par la petite porte après avoir tant apporté à la sélection nationale. On aurait aimé voir Brice Samba dans les buts et d’autres aussi. Mbappé, malgré toutes les critiques dont il fait l’objet, demeure le meilleur, tant comme marqueur que comme passeur. Il n’était pas loin de battre le record de Just Fontaine. On aura une pensée pour Paul Pogba dont la carrière a été brisée mais qui se montrait indispensable dans l’équipe tricolore, pour galvaniser ses copains. Il manque à l’équipe. C’est sûr.

N’golo Kanté : image sportingnews.com

 

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3 juillet 2026

Fin de saison 2025-26 sur Inter

Comme tous les ans à cette époque, la saison dans les médias se termine. Parait-il que c’est une exception française, cette année civile coupée par les vacances d’été, et ce mois d’août où la France ne fonctionne plus. La « rentrée », mot intraduisible dans les autres langues, marque le véritable début de l’année laborieuse. Nous allons donc évoquer les nouveautés qui nous attendent.

 

Depuis quelques semaines, la presse spécialisée, ou plutôt la presse à sensation qui traite aussi des changements dans les médias, nous apprend que M. Ali Baddou n’officiera plus dans la matinale d’Inter pour les fins de semaines. On a envie de dire qu’il est plus que temps. Pourquoi s’y attarder ? Simplement parce que cette tranche, pourtant hebdomadaire, concentre toutes les faiblesses de l’organisation de la station qui proclame à l’envi son identité de « service public ». En effet, le duo Baddou-L’Hour intervient dès le vendredi. Rappelons que c’est M. Jean-Marie Cavada, lorsqu’il était directeur de l’information sur FR 3, à la fin des 1970s (ça fait un bail), avait observé avec pertinence que le public commence à se sentir en week-end dès le vendredi. Par conséquent, il faut accompagner cet état d’esprit. Nommé PDG de Radio-France, longtemps après, il a repris cette idée. Concrètement, ça permet aussi à Inter de caser les émissions recalées en début de saison.

 

Revenons à cette tranche. Du lundi au jeudi, Mme Muñoz, journaliste, donc salariée, prend l’antenne à 5 h du matin et la garde jusqu’à 7 h mais le week-end, la tranche d’information dure 3 heures au lieu de 2 fois 2 heures : c’est le « 6-9 ». Sauf que M. Baddou n’est pas journaliste et donc pas salarié. Il commence à 6 h mais comme le vendredi finit la semaine ouvrée, il manque une heure. C’est donc Mme Marion L’Hour qui, elle, est journaliste et salariée, commence une heure plus tôt, toute seule et qui annonce à ceux qui vont partir au boulot de bonne heure ce qui va se passer jusqu’à 9 h quand ils n’écouteront plus depuis au moins 1 heure. Déjà, si l’on comprend, c’est heureux. Il semblerait donc que M. Ali Baddou arrive comme une fleur à 6 h sur l’air de « c’est moi que v’là ! » ; et ça s’entend à l’antenne. Mme L’Hour assure en quelque sorte la première partie du spectacle de M. Baddou.

Sautons une ligne pour faciliter la lecture… Il y en a besoin. Le samedi et le dimanche, pas de problème (en apparence) puisque les deux prennent l’antenne ensemble, après les rediffusions de la nuit. Sauf que, cette fois encore, M. Baddou arrive un peu avant, ne se préoccupe pas de ce qui s’est passé pendant la nuit, et assure l’animation quand Mme L’Hour travaillait à la rédaction depuis 2 h du matin. Malgré tout, le duo fonctionne même si l’on sent bien que M. Baddou, fort de son statut de vedette, tire toute la couverture à lui, annonce le programme, présente les invités, les chroniqueurs, et remercie les techniciens à 9 h 10. Bien sûr, personne ne connaît Mme L’Hour, et sans doute pas même ceux qui l’écoutent trois matins par semaine. Donc, la direction (qui vient de changer sans bruit pour une fois) a décidé de chercher d’autres présentateurs pour la fin de la semaine. Mme L’Hour étant salariée, elle reprendra son travail dans la rédaction et M. Baddou possède un carnet d’adresse bien rempli pour n’avoir aucun souci. D’ailleurs, on annonce qu’on va lui confier une émission pour lui tout seul, histoire de le remercier pour sa conscience professionnelle. Encore un mot sur lui. La saison dernière, il a assuré, quasiment au pied levé, « un quart d’heure de plus », le vendredi après 9 h 10, afin de soulager Mme Manzoni qui venait de se voir confier « Le masque & la plume » et préférait écourter son émission culturelle de 9 h (10) à 10h. M. Baddou proposait alors un entretien à caractère philosophique, de bonne tenue. Il faut croire que Mme Manzoni a retrouvé son courage et l’envie d’assurer son « Totémic » intégralement.

 

Cette histoire entre Mme L’Hour et M. Baddou illustre bien la complexité de l’organisation du travail dans le groupe Radio-France. La semaine qui chevauche les mois de juin et juillet illustre parfaitement le propos. Les intermittents sont partis, remplacés par d’autres avec leurs émissions d’été, reconduites chaque année. Bonjour la création ! Les salariés (les journalistes en fait) continuent de bosser car ils n’ont qu’un mois de vacances, comme les autres. Ainsi, alors que M. Simon Le Baron est appelé à la rentrée sur France-info, il assurera la matinale d’Inter en juillet. L’auditeur se fiche pas mal qu’Untel soit salarié à temps complet, un autre pigiste ou stagiaire et tous les autres, chroniqueurs ou animateurs, payés au cachet avec statut d’intermittent. L’auditeur écoute la radio. C’est tout juste s’il fait la différence entre journaliste et simple animateur, d’autant que sur d’autres canaux, quelqu’un comme Laurent Ruquier, a prouvé qu’il est capable de mener une entrevue de haut niveau avec une personnalité politique voire un intellectuel. Reste-t-il des intellectuels en France ? Autre débat. Donc, Baddou ou L’Hour, c’est du pareil au même que Demorand et Salamé. On sait que cette dernière a choisi la consécration télévisuelle sans laquelle, en France, on n’est rien. Mmes Mathilde Muñoz, Florence Paracuellos, Marion L’Hour en savent quelque chose. Personne ne sait qui elles sont.

 

M. Demorand ne reprendra pas l’antenne qu’il a abandonnée, au début de cette saison, pour raison de santé. Curieusement, ça lui est arrivé peu après la publication du livre où il avoue être soigné pour bipolarité. Peut-être n’est-ce qu’une coïncidence mais elle est troublante. Mme Paracuellos, qui venait juste de quitter la présentation de la vitrine de la chaîne, qu’est le journal parlé de 8 h, afin sans doute, de profiter un peu de sa famille le matin, s’est retrouvée embarquée dans le remplacement puis la titularisation pour la saison prochaine. Rien à redire. En revanche, celui qu’on a débauché de la chaîne d’information BFM-tv, M. Duhamel, ne brille ni par ses questions, ni par ses connaissances. Tout ça pour ça. On ne peut reprocher à personne son ignorance et il aurait sa place dans n’importe quelle rédaction. Sauf qu’il s’appelle Duhamel et qu’on lui a tout de suite confié le rôle d’interroger les invités de marque, et qu’il ne se montre pas (encore) à la hauteur. Pour le reste, les critiques perdurent de saison en saison. Commençons par l’omniprésence d’humoristes qui écrasent tout le boulot effectué par les journalistes et autres intervenants, juste avant. M. Demorand excellait dans le rappel des auditeurs qui sont toujours « très nombreux » et qu’on invite à téléphoner jusqu’au bout mais qui ne passent quasiment plus à l’antenne. Lors de l’instauration de cet échange, il y a une bonne trentaine d’années, au minimum, 3 auditeurs posaient des questions à l’invité ou sur un point de la matinale. Votre serviteur est passé quelques fois à l’antenne mais si le standard est maintenant facilement accessible, il n’y a aucune chance de pouvoir poser une question, malgré les « chers auditeurs » sollicités par M. Baddou, et autres « amis auditeurs » de M. Demorand.

 

 

Il faut revenir sur ce qui est présenté comme une revue de presse sur Inter

La titulaire de cette saison n’en a visiblement, aucune idée. En général, elle lit intégralement un ou deux articles qui lui ont plu, pour leur originalité ou pour le sujet traité qu’elle semble découvrir, si l’on en juge par la prononciation approximative de mots clés. Un fois, c’était « Gondwana », une autre fois, elle parle de « saint-maxen l’école ». Justement ce jour-là https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/dans-l-oeil-de/dans-l-oeil-de-du-mercredi-17-juin-2026-6791186

pour illustrer la nécessite de passer le permis de conduire et de posséder une voiture, elle cite pas moins de 5 noms commerciaux, répétés plusieurs fois qui plus est. Il faut ajouter des modèles de voitures. En revanche, dans une revue de presse, elle ne mentionne que 2 titres de presse ; et encore s’agit-il de 2 titres de la presse d’opinion, L’Humanité et Médiapart mais parce qu’ils reprennent un rapport de Human Rights watch. Rien sur l’article qui est lu au cours des 5 mn que dure sa chronique. D’ailleurs, quel intérêt y a-t-il à le lire dans un journal puisque Mme Hamadi l’a lu presque intégralement. À croire qu’elle travaille en fonction de la durée de lecture mentionnée au début des articles en ligne. Pourtant, le plus grave tient dans la dernière phrase : « Moralité : Quand on est jeune en France, en campagne ou en quartiers populaires, on est un peu dans les périphéries de la république… ». Depuis quand une revue de presse se conclut-elle par une « moralité » ? Est-ce le rôle de la radio qui se revendique de « service public », d’asséner des moralités à l’auditeur ? On dirait que chacun, à l’antenne, tient à donner raison à la droite et à l’extrême-droite qui accusent les antennes de Radio-France et de France Télévision de propagande.

 

Ils seront bien avancés lorsque la droite, façon Trump, parviendra au pouvoir et procédera à des licenciements massifs, façon Bolloré ici ou Musk, là-bas. Il ne faudra pas croire que le public, les auditeurs et les téléspectateurs descendront dans la rue pour les défendre. C’est là qu’on verra que la formule « 1ère radio de France » est loin de refléter la réalité d’une France qui n’écoute pour ainsi dire plus la radio.

 

Nous en savons quelque chose, ici, puisque notre critique des médias était suivie, sporadiquement, certes, mais suivie à la création du blog et pendant plusieurs années. Force est de constater que depuis les dernières années, malgré le relais sur Facebook, il n’y a parfois aucune visite des articles consacrés à la radio. Le sujet sur le retrait de « Météo-France » des ondes nationales n’a intéressé absolument personne : 0 visite depuis sa publication ! L’auditeur moyen entend toujours et avec la même fréquence, les prévisions météo. Qu’elles soient lues par des speakerines ou rédigées par des ingénieurs ne change absolument rien. Par conséquent, soyons bien conscients que si demain, les chroniqueurs moralistes d’Inter sont renvoyés (à la fin de leur CDD) ainsi que les journalistes et autres salariés qui feront valoir la clause de conscience, l’auditeur moyen n’en aura cure. Il regrettera celle ou celui qu’il aimait bien mais s’en remettra vite. À leurs places, viendront d’autres, qui seront moins directs dans leur propagande et ça passera mieux. France-Inter ne deviendra pas la radio militante qu’est devenue Europe 1 qui, soit dit en passant, connaît une progression d’audience et des plages publicitaires bien remplies. Ça montre qu’il y a une demande, même si nous avons toujours émis les plus grandes réserves sur ces statistiques. Inter ressemblera plutôt à RTL qui s’abstient depuis l’origine de prendre le risque de déplaire à l’auditeur mais qui embauche des chroniqueurs comme Lenglet qui sait prendre le ton docte pour convaincre l’auditeur que les mesures prises contre ses intérêts sont nécessaires. De quoi faire regretter Dominique Seux. Le pire n’est jamais sûr mais on peut se montrer raisonnablement inquiet par la tournure de la vie politique française depuis deux ou trois ans. Les menaces qui pèsent sur les médias d’État, auto proclamés « de service public », ne semblent pas affecter la tonalité des producteurs, convaincus d’agir pour le bien public qui lui marquera sa reconnaissance en cas de besoin. Le fossé se creuse de plus en plus entre le traitement par les médias et la réalité que vit la majorité de la population. Ceux, dits de « service public » demeurent persuadé que la population est préoccupée par les changements climatiques et l’épuisement des ressources naturelles quand elle s’inquiète plutôt du prix des carburant (pour aller au travail ou se chauffer) et des retards des trains.

 

 

la rentrée se prépare

Le gros morceau, c’est l’annonce de l’arrêt de l’émission de divertissement culturel de Mme Éva Bester : La 20e heure. La productrice réalisait la performance de parler de culture sans ennuyer, sans se mettre en avant, tout en ponctuant ses propos de références culturelles. Apparemment, ça passe mal en interne et les fameux « réseaux sociaux » ont été en émoi à l’annonce. D’accord mais il faut rappeler que toutes les émissions sont appelées à cesser un jour. Pierre Bouteiller, lorsqu’il était directeur de la chaîne, n’avait-il pas rappelé, à chaque fois qu’il en supprimait une, que nul n’est propriétaire de son créneau. Quand on salue l’arrivée d’une personnalité, d’une vedette ou d’un nouveau talent, il faut bien se rappeler qu’il prend la place d’un autre. Mme Bester ne coche aucune des 3 cases mais a su, au fil des ans, proposer des émissions qui font plaisir à écouter. D’ailleurs, on n’en parle déjà plus. On lira les détails :

https://www.ozap.com/actu/navree-et-pas-en-grande-forme-eva-bester-reagit-a-larret-de-sa-quotidienne-sur-france-inter/655694

 

https://www.lepoint.fr/economie/un-choc-cetait-lhonneur-de-france-inter-lemission-deva-bester-disparait-a-la-rentree-UZ36CO5RNRHUTCHQIZUX2GE244/

 

 

Formulons un souhait : que la nouvelle patronne de la rédaction, Mme Alexandra Bensaïd, exigera que les journalistes laissent les invités terminer leurs phrases.

Il nous faut quand même lancer une bouteille à la mer : c’est sans grande importance mais qui a compris pourquoi, le jeudi 18 juin au matin, sur Inter, le duo Paracuellos-Duhamel était remplacé par Baddou ?

 

Le comique de service nous a appris « qu’officiellement, ils sont en formation »

mais dans le flash de 9 h, on apprend qu’il y avait une manifestation de journalistes à Paris.

Est-ce que c’est lié ?

 

Aucune info disponible sur la toile,

ce qui montre bien que les histoires de « 1ère radio de France » relèvent de la plaisanterie

 

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-grande-matinale/la-grande-matinale-le-7-9-du-jeudi-18-juin-2026-2300509

 

Rendez-vous à la rentrée !

 

2 juillet 2026

Coupe du Monde 2026 : Business is Business !

Décidément, ce Mondial 2026 ne passe pas. Il y a quatre ans, on dénonçait les chantiers meurtriers parce que menés à marche forcée sous des chaleurs insupportables par des ouvriers immigrés et maltraités. On dénonçait aussi le coût écologique : on allait réfrigérer les stades et jouer au mois de décembre. Et puis, certains footeux ont dénoncé en retour les récriminations au prétexte qu’elles étaient dirigées contre des Arabes. On n’a plus rien dit et l’on a plutôt loué l’excellence de l’organisation. À la fin, on retient surtout que tout s’est bien passé et que la France a terminé vice-championne du monde. Rideau !

 

Pour cette édition, l’équipe de France est encore plus forte. Elle occupe déjà la 1ère place du classement de la FIFA. C’est la grande favorite mais les prétendants n’entendent pas faire de la figuration ; et heureusement car ça fait partie de la grande incertitude du sport. À quoi serviraient les compétitions si tout était joué d’avance. Bien sûr, nombre de supporteurs se fichent de la manière et seul compte le résultat.

 

Et si tout était joué d’avance, justement ?

Un coup d’œil sur l’organisation jette une interprétation sur le déroulement de la compétition.

48 équipes se disputent au départ. Elles sont réparties en 2 blocs dont chacun des vainqueurs se retrouvera en finale.

À l’intérieur de ces 2 grands blocs, 2 sous ensembles comprenant 8 équipes chacun vont permettre de dégager ceux qui se rencontreront en 8e de finales. Dans le premier bloc, ça semble équilibré. Quand on regarde le deuxième bloc, ça continue jusqu’au moment où l’on examine le dernier sous-ensemble de 8 équipes. Ce n’est faire insulte à personne que de remarquer qu’à l’exception de l’Argentine, toutes les autres équipes ne jouent pas tout à fait au même niveau : la Suisse est toujours dangereuse et vient de remonter 3 places au classement FIFA pour occuper la 13e. L’Algérie a été éliminée en 1/4 de finales de la CAN. La Jordanie vient de dégringoler de 10 places et se retrouve 73e tandis que l’Autriche est 23e. Voilà comment l’Argentine va se retrouver face au Cap-Vert, 64e au classement mondial ! Messi est déjà le meilleur butteur après avoir marqué contre les équipes citées. Encore 2 matches comme ça et il bat le record de Just Fontaine : 13 buts au cours du tournoi mais avec beaucoup moins de matches en 1958.

 

Justement, malgré la glorieuse incertitude du sport, on peut raisonnablement parier que ce sera une promenade pour les champions du monde contre le Cap-Vert.

 

 Petit pays, je t’aime beaucoup

 

L’Argentine rencontrera alors l’Australie ou l’Égypte : rien de difficile.

L’Argentine affrontera en 1/4 finales la Suisse, l’Algérie, la Colombie ou le Ghana. Là encore, rien de bien compliqué pour les champions du monde : le Ghana n’a pas passé le premier tour de la CAN quand la Colombie pointe à la 11e place, quand même et pourrait devenir le prochain adversaire de l’Argentine et son premier adversaire sérieux. Supposons que les champions du monde gagnent ; ce qui serait logique. En 1/2 finale, ils seraient opposés à une équipe qui aura eu plus de mal tant l’autre sous-ensemble du 2e bloc est équilibré et disputé : Japon, Côte-d’Ivoire, Norvège, Brésil, Mexique, Angleterre…

En face, dans le bloc 1, celui de l’Allemagne, de l’Espagne, de la France, du Maroc, du Portugal des Pays-Bas et même de la Croatie, le vainqueur se sera bien fatigué quand il arrivera en finale. L’Allemagne est déjà éliminée, ce qui en dit long sur la force du Paraguay.

Autrement dit, le grand vainqueur de ce premier bloc aura laissé beaucoup d’énergie et de forces pour parvenir à ce sommet. Peut-être comptera-t-il des blessés. Pour peu qu’il bénéficie d’une journée de repos en moins avant la finale, le résultat est plié.

Curieusement, on n’entend pas ce raisonnement qui saute pourtant aux yeux dès qu’on regarde le tableau des rencontres. Tout au plus, on entendra, après la finale, des voix autorisées critiquer l’arbitrage durant le tournoi mais il sera trop tard.

Certains ont déjà oublié les tourments subis par certaines équipes d’Afrique avec la police de l’air et des frontières. Ne parlons pas de cet arbitre kényan refoulé ni de ces supporteurs, africains ou autres qui ont subi le même sort. Des Écossais ont perdu + 1000 $ par tête dans l’affaire. On peut dire que malgré les efforts des équipes d’M6 pour ne parler que de sport, on n’y arrive pas vraiment. Chaque fois, il y a quelque chose qui vient rappeler tout ça : la coupure publicitaire qu’on essaie de faire passer pour une pause fraîcheur, l’état des pelouses, le prix des places en tribunes et aux parkings, des mesures de sécurité déconcertantes. De sorte que oui, la fête est déjà gâchée.


 


 

18 juin 2026

COLUCHE 40 ans plus tard

Ça fait 40 ans que Coluche est mort. Chacun de nous a une histoire en rapport avec lui, un souvenir. Il était aimé même s’il ne faisait pas l’unanimité. Dans les dernières années, on a fini par reconnaître qu’il était un personnage exceptionnel. Je me rappelle où j’ai appris sa disparition. J’étais en voyage et je tombe sur la une de Libération qui traitait de ses obsèques. J’ai cru avoir mal lu sur le présentoir mais je n’ai pu retenir un sanglot. Jusqu’à ouvrir le journal et lire les premières lignes, j’ai voulu, encore, croire que j’avais mal compris. D’ailleurs, plus que tout, ce que je n’avais pas compris, c’était pourquoi j’éprouvais de la peine. Coluche n’était pas mon humoriste préféré. Sans doute, une petite voix en dedans me disait depuis longtemps qu’il était à part, qu’il n’était pas que ça, qu’il était un de ces repères, un de ces phares qui accompagne une vie.

 

Depuis 40 ans, tout ce que j’apprends sur le lui me le fait aimer davantage. Je suppose que, comme tout le monde ou presque, on ne connaît pas son côté obscur que seuls les intimes ont pu constater mais quand même, il me semble que le tout meilleur l’emporte. Coluche est né pauvre. Il ne l’a jamais oublié et, une fois à l’aise financièrement, la porte de son grand appartement parisien restait ouverte. Il faisait la fête quand il ne travaillait pas. Il avait prévu une petite boite en fer contenant des gros billets de l’époque afin que ceux de ses amis qui se trouvaient dans le besoin momentanément, puissent se servir sans éprouver la gêne d’avoir à demander. Ce n’est pas tout le monde qui est capable d’imaginer une telle attention, toute en discrétion.

 

 

Encore une fois, je déplore qu’un de ceux qui écrivent l’Histoire raconte autre chose. Ce mardi 2 juin 2026, sur RTL, M. Éric Fottorino est invité pour évoquer Coluche puisqu’il a rédigé un récit pour la revue qu’il dirige. Il raconte une anecdote rapportée par Maryse Gildas. On sait que le couple de radio était proche et même intime de l’humoriste. Ça se passait sur l’île Maurice où les deux se trouvaient, un peu par hasard mais séparés. Il affirme qu’il l’aurait invitée pour admirer un coucher de soleil. Il se trouve que comme des centaines de milliers d’autres, j’ai entendu Maryse raconter cette histoire. C’était au cours de l’après-midi d’hommage à son mari, Philippe Gildas, peu après sa mort. Europe 1 essayait d’être encore une bonne radio à l’époque. Maryse relate que Coluche les a appelés dans leur hôtel, qu’ils se sont fait prier car ils avaient autre chose de prévu mais ont finalement traversé l’île pour rejoindre le bungalow que l’artiste louait. Une fois sur place et rassasiés par le buffet préparé par l’humoriste, Maryse et Philippe Gildas finissent par lui demander ce qu’il avait de si important à leur dire. Coluche leur montre le ciel étoilé et avoue qu’il ne voulait pas être tout seul pour l’admirer. Il n’y a pas une grande différence (encore qu’ils étaient trois et pas deux) mais si tout est comme ça dans le récit de l’expert, on peut se demander si tout ce qu’il raconte n’est pas approximatif également. Rappelons qu’il dirige une revue qui consacre chaque semaine un dossier à une personnalité ou un sujet d’importance. On peut se poser des questions… Sans compter que d’autres experts se fondant sur ces écrits, sur les enregistrements, pourront aussi modifier leur synthèse. Comme je le dis à chaque fois, c’est comme ça qu’on écrit l’Histoire et les historiens, en France surtout, se montrent très stricts : on ne doit retenir que ce qui est écrit. C’est comme ça que naissent les légendes, depuis les poteaux carrés qui auraient été fatals à l’équipe de Saint-Étienne en 1976, au vase de Soissons. C’est écrit dans tous les journaux de l’époque, donc il n’y a aucun doute, même si, chaque dimanche, un reporter déplore que la balle ne soit pas rentré dans la cage à cause du poteau, obligatoirement rond depuis une petite cinquantaine d’années. Alors, la vie de Coluche est aussi soumise à des approximations qui deviennent vérité historique.

 

La veille du 19, sur Inter, l’animatrice organise un débat pour savoir s’il pourrait encore faire rire avec son style et ses thèmes favoris. Elle insiste sur ses imitations de l’accent belge et évoque la mort du roi Baudoin en 1993… Rien à voir avec Coluche, donc, qui a eu recours à l’accent belge dans un seul sketch où il se moque d’un touriste belge en vacance à Cajarc. Là encore, ça n’a pas grande importance mais la même organise chaque matin un débat sur un sujet en rapport avec l’actualité. Sur le thème du jour, rien puisque chaque invité à cherché à récupérer l’image de Coluche pour la cause qu’il défend. De toute évidence, avec sa façon de se soumettre à aucune idéologie ou ce qui en tient lieu, Coluche aurait eu de gros ennuis depuis le début du siècle. Sa manière de se moquer, sans concession, de tout ceux qui trompent le petit peuple dont il est issu, lui aurait valu des condamnations. Coluche demeure dans l’imaginaire collectif pour avoir fondé les Restaus du Cœur qu’il avait pensés comme une solution provisoire. Sauf que chaque année, de plus en plus de personnes émargent à cette « cantine » (selon ses mots mais il s’agit en fait d’une distribution de nourriture). Donc, tout comme en 1984, lorsque la classe politique unanime était venue apporter son soutien à l’initiative, alors qu’elle était directement responsable de ce désastre social, 40 ans plus tard, la société se donne bonne conscience en pardonnant à Coluche ses écarts de langage, sa grossièreté et en l’érigeant en modèle.

 

Ceux qui étaient jeunes dans les années Coluche n’ont rien oublié. Et ça nous donne le droit, aujourd’hui, d’honorer sa mémoire. Il enverrait promener ceux qui s’arrogent, aujourd’hui, le droit de le juger en lui accordant les circonstances atténuantes.

 

 

10 mai 2026

Écris l'Histoire...

Quelques jours avant la date anniversaire, RTL a proposé le récit de l’élection du 10 mai 1981. S’il est toujours agréable de se remémorer l’événement, il faut toujours garder lucidité. Ces récits vespéraux quotidiens sont destinés au grand public. On n’y apprend pas grand-chose et ce n’est pas une étude historique. Et c’est bien comme ça.

 

D’abord, le récit de l’événement est différent de celui qu’on a entendu pendant un peu moins de 40 ans. La soirée à l’hôtel du « Vieux Morvan » est assez différente.

 

Ensuite, l’entretien avec l’expert est non seulement anachronique mais tout à fait surréaliste. Anachronique, parce qu’on sent bien que le journaliste connaît la suite de l’histoire et des personnages. Juste pour la légèreté, parlons de Roger Hanin, présenté comme essentiel dans l’entourage familial et comme un acteur connu avec une longue carrière derrière lui. Rien n’est plus faux. En 1981, cela fait des années qu’on ne le voit plus à l’écran. Il est fini. L’élection de son beau-frère favorisera une deuxième carrière. Ça en dit long sur la servilité humaine : proposer des rôles au beauf pour gagner les faveurs du Ministre de la Culture, un proche du Président. Au cours de la période qui précède, il n’est que le prince consort de la sœur de l’épouse de Mitterrand, la productrice de cinéma et ancienne résistante, comme sa sœur. Idem pour Dalida qui était amie de la famille mais toujours loin de la politique. Elle n’a jamais appelé à voter pour lui, par exemple. Parlant de famille, le journaliste Christophe Barbier s’étend sur le secret autour de la deuxième famille de Mitterrand. Il va même jusqu’à affirmer que Danielle l’a longtemps ignoré. Quelle blague ! Le tout-Paris le savait. Tous les cadres dirigeants du PS le savaient. C’est bien mal connaître les femmes que d’imaginer une seconde qu’une épouse trompée ne le sait pas ; surtout quand des centaines de personnes le savent, notamment dans son entourage. À partir de ce qui est anecdotique, on peut émettre de sérieux doutes sur le sérieux de l’expertise. Il affirme aussi que la fameuse photo où Mitterrand reçoit une décoration de Pétain était connue de tous les états-majors politiques. Là encore, si tel avait été le cas, forcément qu’un des sachant aurait fait fuiter la photo, même sans l’accord de ses supérieurs. Un militant honnête et entier n’aurait pas laissé passer l’occasion de discréditer un adversaire de premier ordre. Même la cérémonie sur les tombeaux du Panthéon donne lieu à un mélange d’approximations et d’interprétation personnelle.

 

Pourquoi en parler, surtout si l’on considère que bien peu d’auditeurs sont à l’écoute de la radio, le soir, à l’heure où l’on finit de dîner, qu’on débarrasse la table et qu’on s’apprête à regarder la télévision ou quelque écran que ce soit ? Simplement, parce que ce genre de récit, d’analyse d’un événement encore récent mais déjà historique, parce qu’il est simpliste, qu’il complète (de façon certes erronée) les souvenirs des Français, est pris pour argent comptant et devient vite la vérité historique. Il y a quelques jours seulement, on rappelait la catastrophe de Tchernobyl. Là encore, tout le monde jure avoir entendu les autorités affirmer que le nuage radioactif s’était arrêté à la frontière. Rien n’est plus faux mais à l’époque, nombre de commentateurs et d’humoristes, déjà, ont caricaturé leur embarras et les explications des présentateurs de la météo à la télévision. On a parlé aussi, dernièrement, de l’arrêt sur Canal+, des « guignols de l’information ». C’est le type-même de l’émission prescriptrice qui réécrit l’actualité et l’histoire après coup. Bien entendu, le but est de faire rire mais le besoin de moquer la politique est tel qu’on a envie d’y croire. Un exemple non politique pour ne pas faire polémique : « Tout à fait Thierry ! ». Cette formule, totalement inventée pour parodier un duo de commentateurs sportifs est devenue la vérité. Pourtant, elle vient du retournement du titre du livre de Thierry Roland, sorti à ce moment et intitulé : « Tout à fait Jean-Michel » (1993). Une personne l’avait bien compris, Mme Claude Chirac, fille de qui l’on sait et directrice de la campagne de son père. Quand l’émission parodique lui a fait dire « Mangez des pommes » pour souligner la vacuité de ses propositions, au lieu de s’insurger ou de se lamenter, elle a repris le slogan pour faire de la pomme, le symbole de la campagne. On connaît le résultat.

 

Alors, lorsqu’on a vécu quelques dizaines d’années (et il n’est pas nécessaire d’attendre un âge canonique), on réalise que nombre d’événements qu’on a connus, de près ou de loin, sont racontés très officiellement et très différemment par les commentateurs, analystes et parfois, déjà par des historiens. On y était mais ceux qui n’y étaient pas se sont appropriés l’événement et l’ont raconté à leur sauce. J’évoque souvent (voir le blog) la mort de Malik Oussékine. La plupart des récits parlent d’une manifestation (à 22 h 30 ? ) et d’une charge démesurée contre les étudiants en colère. Le jeune Malik a été battu à mort. C’est la seule chose de vrai. Bien sûr qu’on ne manifeste pas dans une petite rue du Quartier Latin, en plein hiver, à dix heures du soir. La rue était tranquille, au carrefour le long du Jardin du Luxembourg, quelques étudiants maintenaient un semblant de piquet de grève. Je m’y trouvais. Les voltigeurs de la police les ont poursuivis dans cette rue et les ont frappés, ainsi que ceux qui sortaient des nombreux restaurants de cette petite rue, pour voir ce qui se passait. Parmi eux, le jeune Malik. Sauf que ceux qui étaient favorables aux étudiants protestataires avaient intérêt à en faire un martyr de leur cause, et ceux qui soutenaient le gouvernement avaient aussi intérêt à le faire passer pour un agitateur qui l’avait bien cherché. C’est comme ça que l’Histoire s’écrit. On dit que ce sont les vainqueurs qui imposent leur récit mais c’est aussi l’opinion publique. Comment l’opinion publique pourrait-elle vérifier ?

 

45 ans après, l’élection du premier Président de la République (et du seul finalement) de gauche est racontée sur une radio populaire avec force détails et interprétations erronées. On comprend que l’opinion publique, qui ne dispose d’aucun moyen de vérifier, exprime une grande méfiance envers les médias et les spécialistes. On ne sait pas mais on a l’intuition que quelque chose cloche. Pourtant, au bout du compte, ce ne sont pas les soupçons que l’Histoire retient mais les documents qui restent. D’ailleurs, les historiens sont formels : il faut s’en tenir aux faits, c’est à dire au récit des faits. Et puis, comme pour la (deuxième) carrière de Roger Hanin, on retient ce qui prend le plus de place en omettant tout ce qui a pu se passer avant. C’est le dernier qui parle qui a raison ; qu’il soit témoin, journaliste, humoriste ou complotiste. On dit que l’Histoire est écrite par les vainqueurs mais elle est aussi écrite et réécrite par ceux qui, par ignorance ou par intérêt modifie quelque peu la réalité. On garde un élément fort et le reste est interprétation.

 

Il y a plusieurs années, l’historien Alain Decaux racontait que l’acteur qui interprétait le fameux gendarme Merda pour un téléfilm, s’était trouvé dans l’impossibilité de prendre la position telle qu’il l’a racontait lui-même, lorsqu’il a tiré sur Robespierre. Il en déduisait que Merda avait probablement brodé sur la façon dont l’arrestation du vertueux conventionnel s’était déroulée. On rappelle souvent que Jules César a vraisemblablement transformé la réalité, et notamment le siège d’Alésia dans ses « Commentaires ». S’il est difficile de revenir sur des faits aussi lointains, parfois légendaires ou symboliques, on attend plus de rigueur de la part de journalistes qui, au dire de Camus, sont les historiens de l’instant.

 

 

https://www.rtl.fr/programmes/le-grand-recit/7900629750-l-integrale-francois-mitterrand-l-avenement-du-sphynx

 

 

 

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29 avril 2026

Médias et démocratie : quel rapport !

Le rapport du député Alloncle, membre du groupe parlementaire inspiré par M. Ciotti, alimente les commentaires depuis quelques jours. Il fait un peu moins de 400 pages et formule 80 propositions. Bien peu les ont lues mais tout le monde a son avis dessus. Comme nous ne les avons pas lues non plus, examinons des aspects liés à ce rapport qui nous permet de rappeler certains points essentiels de la démocratie.

 

D’abord, nous apprenons que ce rapport sanctionne le travail d’une commission parlementaire qui s’est réunie pendant 4 mois. Certaines sources parlent de 6 mois. Quoi qu’il en soit, ça signifie que pendant des mois, des députés ont examiné des centaines de pages d’études, de statistiques, d’analyses afin de savoir déjà de quoi parler. Ils ont procédé, individuellement ou ensemble à des auditions de professionnels de l’audiovisuel ; puisqu’il s’agit de cela. Ça représente des dizaines d’heures de travail. Il paraît tout à fait opportun de le rappeler en ces temps d’antiparlementarisme primaire consistant à se moquer d’élus qui ne font ça que pour palper et qui n’ont d’autre occupation que de dormir sur les bancs de l’Assemblée pendant qu’un orateur tente péniblement de les réveiller en vociférant à la tribune. On leur reconnaît aussi l’activité consistant à distribuer des tracts sur les marchés le dimanche matin, une fois rentrés dans leur circonscription où on ne les voit jamais, le reste du temps. Et pour cause, ils montent à Paris : les uns s’attellent aux problèmes de l’audiovisuel d’État, les autres sur l’énergie, les transports, la santé, la sécurité, la mer, la défense, la levée des impôts etc.

C’est un boulot qui prend beaucoup de temps, qui nécessite des connaissances personnelles qu’on acquiert au fil du temps et des collaborateurs pour pallier les lacunes car, évidemment, on ne peut pas tout savoir sur tous les sujets, même en se spécialisant. À cela s’ajoutent les séances de questions au Gouvernement, les seules que le grand public ( = les électeurs) connaît puisqu’elles sont télévisées. Les échanges sont souvent houleux mais c’est le rôle du Parlement que de contrôler l’action du Gouvernement. Faut-il toujours rappeler que le député n’est pas celui qui obtient le goudronnage de la route qui passe par sa circonscription ou qui fait avancer un dossier pour un particulier qui a épuisé tous les recours. En principe, son seul métier consiste à contrôler l’action du Gouvernement, donc, et à voter les lois qu’on lui soumet. Pour se faire, il doit se taper des centaines de pages de rapports et des heures de débats en commission. C’est là que s’effectue l’essentiel de son travail. Justement, une commission était chargée d’étudier la situation de l’audiovisuel public en vue de faire voter une loi visant à réduire le budget que le public ( = les contribuables) lui alloue chaque année.

 

Le titre exact (et le but) de cette commission porte sur « la neutralité et le financement » de l’audiovisuel public. Rappel des faits. En France, ce qu’on appelle « l’audiovisuel public » ou « la radio/télévision de service public » est ce qu’on appelle ailleurs « l’audiovisuel d’État ». Même aux État-Unis où la notion d’État éveille d’abord la méfiance, il existe une structure audiovisuelle liée à l’État fédéral. L’alternance démocratique garantit la neutralité de ce média mais en France, où l’on a connu des politiciens mener une carrière de 50 ans avant de parvenir à l’Élysée, la notion d’alternance n’est pas encore bien assimilée. On a parlé autrefois de « l’État-UDR » quand le parti qui soutenait la politique du Général De Gaulle tenait toutes les manettes, aussi bien dans les structures étatiques que dans les administrations, la Justice, les grandes entreprises etc. Il y a eu une courte période intermédiaire avec « l’État-UDF » sous Giscard puis « les noyaux-durs » avec le retour de la droite en 1986. Sous la pression de Barre (alors dans l’opposition), on a fait sauter les « noyaux-durs » et le résultat ne s’est pas fait attendre : les grands groupes portés à bout de bras par l’État (via les nationalisations sous Mitterrand 1) ont tous été démantelés au gré des intérêts des actionnaires. Pour en revenir à l’audiovisuel, on a pris l’habitude de considérer que les chaînes de radio et de télévision de l’État, puisqu’elles appartiennent à l’État, sont forcément sous contrôle du Gouvernement, voire directement du Président de la République. Bien sûr, quand on se rappelle que sous De Gaulle, le ministre en charge, Peyreffite, intervenait directement dans le journal télévisé pour annoncer les nouveaux programmes et les changements dans la présentation de l’information, on ne peut que constater la main-mise de l’État et surtout de la majorité politique du moment.

Pompidou déclarait en substance qu’être journaliste à l’Ortf impliquait des responsabilités particulières car, qu’on le veuille ou non, l’Ortf est la voix de la France. Quand on veut choquer, on rediffuse la vidéo mais il n’y a qu’en France que ça pose problème. Partout ailleurs, il semble évident que pour l’étranger, il existe un point de vue français ; qu’on n’est pas forcé de partager, d’ailleurs. Sous Giscard, on se rappelle qu’un certain chroniqueur politique, appartenant à une célèbre famille de journalistes, téléphonait tous les jours au secrétariat de l’Élysée pour connaître le point de vue à faire passer. C’est ainsi qu’on a avalé à l’envi « Le Président au-dessus des partis », « la France doit être gouvernée au centre », « le bon choix pour la France » etc.

La gauche en 1981 promet l’indépendance mais le pli étant pris, l’autocensure régnait. Les journalistes de l’audiovisuel public louvoyait dans la crainte du retour de la droite. Il ne fallait donc pas trop faire de zèle en mettant en avant « le changement ». D’ailleurs, en 1986, lorsque la droite est revenue au pouvoir, sa première tâche a consisté à dissoudre la « Haute Autorité de l’Audiovisuel », indépendante, et de créer la CNCL dont tous les membres (sauf 2 / 13) étaient proches ou carrément encartés au RPR de Chirac. Il n’empêche, avec la nouvelle alternance deux ans plus tard, il n’était plus possible pour le pouvoir, quel qu’il soit, de contrôler les médias de l’État. La Haute-Autorité et même la CNCL affirmaient leur utilité dans la mesure où, depuis 1984 (date de la création de Canal+), il existe des médias privés sans capitaux de l’État. Toujours est-il que, quel que soit le nom de l’organisme de régulation de l’audiovisuel, quelles que soient ses prérogatives, il existe et il existera toujours, en France, un soupçon entourant les médias financés par les contribuables.

 

Ce rappel a été long mais nécessaire car l’audiovisuel se développe dans un contexte social, culturel et politique. Les trois sont indissociables. À chaque fois que la France traverse une crise politique, la question de « l’audiovisuel public » se pose. Elle s’est posée lorsque un PR issu d’une autre famille politique que l’UDR a été élu. Cela a conduit à l’éclatement de l’Ortf en 7 sociétés nationales (la plupart privatisées depuis et beaucoup ont disparu par conséquent). Cela a rendu nécessaire une « haute-autorité » de régulation dès 1981, afin de garantir l’indépendance. Nous avons rappelé les alternances qui ont suivi et leurs conséquences sur l’audiovisuel. Depuis la dissolution pendant les Jeux Olympiques, la France est devenue encore plus ingouvernable. Il est donc logique que des voix exigent une réforme de l’audiovisuel d’État ; que ses salariés préfèrent appeler « audiovisuel de service public ». Justement, cette appellation heurte les forces politiques qui sont hostiles à la notion même de service public et qui dénoncent la partialité de ses salariés qui, loin d’adopter une stricte neutralité, revendiquent le « service public ».

 

La « neutralité » figure dans l’en-tête de la commission présidée par un député UDR (rien à voir avec le parti gaulliste). On dira que la commission ne peut pas être neutre. D’ailleurs, quelle que soit l’appartenance de son président, il en serait ainsi. Quand on est de droite, tout ce qui n’est pas strictement de droite appartient déjà au gauchisme le plus révolutionnaire. Quand on est de gauche, tout ce qui n’est pas strictement de gauche relève de la droite la plus réactionnaire, voire carrément fasciste. Cela a toujours été et le député Alloncle dénonce les manœuvres de « la gauche et des macronistes », dans cette affaire. À droite, on rappelle que M. Macron occupait un poste clé dans le gouvernement sous le Président Hollande ; donc, c’est un gaucho. Le parti de MM. Ciotti et Alloncle est allié à l’extrême-droite qui est la cible des médias depuis son émergence en 1983. sans les médias d’État, l’extrême-droite aurait continué d’être largement ignorée par les autres, trop soucieux de ne pas heurter leur public. Notons au passage que malgré les moqueries, les reportages à charge, les attaques contre l’extrême-droite dans les médias, elle a progressé et trépigne à la porte du pouvoir. L’extrême-droite réclame à cor et à cris le démantèlement de l’audiovisuel public, consciente qu’elle ne peut rien contre les médias privés et que le seul levier dont elle dispose est celui des médias d’État. Sauf qu’il existe en France, une large frange de la population qui demeure attachée à cet audiovisuel où l’on ne cherche pas à vendre des produits dans chaque émission et où l’on garde une certaine tenue et un respect du public. Donc, le rapport remis par le député Alloncle ne pouvait pas prôner carrément la vente à la découpe des médias de l’État, même à des amis politiques. Et puis, il est difficile de dire carrément qu’on ne veut plus de médias d’État parce qu’ils ne sont pas gentils avec une force politique. D’autant plus qu’on garde en arrière-pensée la possibilité d’exercer un contrôle direct, dans la perspective (désormais plausible) d’une victoire de la droite extrême. C’est ainsi que le rapport préconise d’en finir avec l’autorité de régulation et de nommer les PDG de l’audiovisuel public, directement par le PR. On se rappelle que sous la présidence de M. Sarkozy, on était revenu à cette pratique. Concrètement, elle a empoisonné le mandat de M. Hees à la tête de Radio France. M. Hees est un professionnel reconnu mais inconnu par le grand public, celui qui fait l’opinion. Hélas, même le personnel politique qui commente les activités des médias ne connaît que les vedettes. Ce n’était pas son cas bien qu’aguerri par son expérience en France et à l’étranger et formé à la direction de groupes de médias. Pourtant, la proximité de son ami M. Val (ancien artiste) avec l’ancienne artiste devenue Première Dame de France a discrédité toute son action pendant les 5 ans de son mandat qui n’a pas été renouvelé malgré des succès d’audience pour toutes les chaînes et pour les deux orchestres.

 

Par conséquent, on avance le deuxième terme du titre du rapport : le financement. La redevance ayant été supprimée, on se lance sur la pression fiscale que supportent les Français (et ne parlons pas de la dette contractée par les gauchistes Macron et Lemaire). Le rapport préconise donc de réaliser de nouvelles économies après une petite vingtaine d’années de baisses de la dotation ; tout en exigeant toujours plus du groupe Radio France. Le rapport propose de supprimer des chaînes qu’on préfère appeler fusion mais quand 2 = 1, ça veut bien dire qu’il y a eu soustraction. Or, toutes ces chaînes ont gagné un public. Qu’elles soient diffusées sur la TNT ou sur l’Internet, toutes les chaînes sont regardées et appréciées. Déjà, les téléspectateurs s’inquiètent de la disparition annoncée de l’une ou l’autre. On se souvient qu’il y a peu, la fermeture de C8 a fortement déplu et les habitués en parlent encore. NRJ12 aussi réunissait un public de jeunes et moins jeunes, un peu nostalgiques. Imaginons la suppression de France 5 et ses reportages, ses plateaux didactiques. Tout ça pour économiser un petit milliard quand on parle de besoins de vingtaines de milliards pour assurer la défense de la France, pour quelques semaines seulement…

 

Tout cela est ridicule et insultant pour le travail de la commission et pour les quelques 238 professionnels qui ont répondu à l’invitation et qui ont souvent été malmenés par des députés qui faisaient passer leurs affects avant la rigueur de leur mission. Il n’empêche que la publication de ce rapport a au moins suscité le débat. Il n’est pas impertinent de poser des questions. Doit-on entretenir une chaîne d’information continue en plus d’une chaîne d’informations destinées à l’étranger ? Est-ce que, justement, « la voix de la France » ne pourrait pas être portée par une seule chaîne qui serait renforcée par les équipes de France Info ? Doit-on entretenir 2 orchestres symphoniques, de plus en plus réduits à accompagner des chanteurs de variétés (genre Philippe Katherine et le Philharmonique de Radio France…), quand la musique classique se trouve à ce point boudée par le grand public ? Y a-t-il besoin d’une radio financée par l’impôt pour promouvoir le hip-hop ? Son public utilise d’autres supports que la radio. D’ailleurs, le jeune public, et le moins jeune à présent, connaît à peine les stations de radio et notamment les généralistes qui sont paradoxalement, celles qui influencent le plus l’opinion. Cela fait des lustres que la radio s’écoute sur le téléphone et à la demande (alerte et podcasts). Nous l’avions annoncé, il y a une vingtaine d’années. Même avec le support de la vidéo, la radio traditionnelle et surtout généraliste est délaissée. D’ailleurs, quel intérêt de regarder des vidéos où l’on voit une personne, la tête penchée sur le petit papier qu’elle lit ou qu’elle essaie de lire ? De là à tout supprimer, il y a une marge qui n’est pas près d’être franchie.

 

Nous retiendrons que même bâclé, même fortement orienté (quid de la neutralité !), ce rapport a le mérite de poser des questions. Reste qu’on frémit à l’idée qu’une majorité de députés pourrait suivre ses recommandations.

 

 

 

 

 

 

https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/pourquoi-charles-alloncle-a-deja-gagne-quelle-que-soit-l-issue-pour-son-rapport-sur-l-audiovisuel_263108.html

 

https://rmc.bfmtv.com/actualites/politique/audiovisuel-public-des-fake-news-pour-discrediter-le-rapport-denonce-le-rapporteur-charles-alloncle_AV-202604270193.html


 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/04/27/le-rapport-alloncle-sur-l-audiovisuel-public-soumis-au-vote-crucial-de-deputes_6683622_823449.html

 

27 avril 2026

Hélène Chenu : Sí, claro !

À l’occasion d’une recherche de poèmes d’Atahualpa Yupanquí, je me suis remémoré quelques instants passés au lycée.

 

Vraiment, je me dis que j’ai eu de la chance d’étudier dans ces années-là, entre 1974 et 1978 (j’ai redoublé) et peut-être aussi dans ce lycée où se trouvaient des professeurs exceptionnels. J’aime penser à eux comme à des maîtres ; et ce sens ne doit pas s’entendre comme un titre galvaudé.

J’écris cela car j’ai pu me rendre compte que nombre de collègues d’autrefois, d’amis qui ont étudié également, n’ont pas acquis par le truchement de leurs professeurs, cette somme de connaissances qu’il suffisait de cueillir en se penchant un peu.

 

Se pencher un peu quand on est ado, afin de rester droit le reste de sa vie. Tel était un peu le projet d’alors. Nous l’acceptions volontiers.

 

Dans le passé, j’ai rendu hommage à Jean-Marie Floch, tout d’abord. J’aurais tellement envie de parler de lui, au risque de me répéter. Tout me le rappelle.

 

Ensuite, j’ai hésité à évoquer le très controversé Alain Fauconnier, nourri de culture étatsunienne, ultra compétent et finalement, formidable.

https://101ekm.canalblog.com/archives/2021/01/11/38752846.html

 

Cette fois, en tant qu’hispaniste, il est temps de parler de celle que j’ai d’abord connue sous le nom d’Hélène Chenu. Très positive, elle terminait souvent nos interventions par un « sí, claro ».

J’ai eu la chance de l’avoir, comme les deux autres, deux fois au cours de ces années. Je pense quand même que la première fois a été la plus déterminante car année de découvertes. Comme pour les autres, il y avait le programme et le manuel d’accompagnement mais s’ajoutaient toujours les goûts personnels du professeur. À ce qu’il était obligé de nous faire aimer, s’agrégeait ce qu’il avait envie de partager avec nous, souvent de ses coups de cœur du moment. Jean-Marie Floch photocopiait (ce n’était pas aussi facile à l’époque) des articles qu’il venait de lire. Ils tenaient sur une colonne ou sur plusieurs pages. À ces coups de cœur, encore fallait-il compter avec leurs passions personnelles. Le surréalisme, Éluard, Camus pour lui ; notamment. Pour Hélène Chenu, c’étaient surtout les chansons. Nous n’étions pas parvenus à Noël que nous connaissions déjà Paco Ibañez, Violetta Parra, Soledad Bravo. Au cours de cette première année, notre camarade réfugié chilien amenait parfois sa guitare pour interpréter des poèmes de Neruda.

 

Parlant du Chili, lorsque je l’ai retrouvée en classe de 1ère, elle nous avait emmenés au Théâtre de la Ville pour aller écouter les Quilapayn. Même si peu d’entre nous comprenaient bien les paroles des chansons, la mise en scène, le ton et les voix fortes ne laissaient aucun doute sur la nature de leurs chants revendicatifs. El pueblo unido jamás será vencido. Un aparté pour signaler que cette chanson a fait l’objet d’une reprise par la diaspora iranienne, notamment celle qui est réfugiée à Paris et qui entonne ce chant, tous les samedis, place de la République, dans une version en farsi, depuis la mort de Mahsa Amini.

 

Je lui dois, sans doute, l’intérêt que je porte au monde hispano-américain. Bien sûr, elle ne nous apprenait pas grand-chose, compte tenu des contraintes du programme et du faible volant d’heures. Elle nous donnait l’envie d’en savoir plus. C’est elle qui m’a encouragé à prendre espagnol première langue en terminale dans la perspective du baccalauréat. Elle faisait aimer l’espagnol et toute la culture liée à cette belle langue. Faut-il rappeler la particularité de l’enseignement des langues en France, dans le secondaire comme dans le supérieur, consistant à apprendre (plus ou moins bien) une langue mais aussi la culture des pays où on la parle.

 

Hélène Chenu possédait ce talent de transmettre l’émotion et la passion de son érudition, en plus des connaissances inhérentes à sa matière. Elle n’aimait pas enseigner dans cet établissement et ça se sentait. Elle l’exprimait parfois, visiblement intéressée par des expériences pédagogiques dont elle avait entendu parler. Nous non plus, n’aimions pas étudier là. Quand même, au moment de conclure ce bref hommage à ma professeure d’espagnol du lycée, je me dis qu’avec le temps, après avoir oublié quelque peu l’environnement oppressant, restent le souvenir de ces professeurs. Fallait-il qu’ils soient exceptionnels ou simplement un peu plus consciencieux que la moyenne ? Quand je lis sur des sites d’anciens élèves, je remarque que les témoignages portent tous sur ces profs. On loue la patience de l’un envers des littéraires peu intéressés par les maths, de l’autre pour qui l’histoire était une passion. J’ai déjà évoqué, en passant, Bernard Prévost et ses grandes qualités humaines, André Vincent, passionné de théâtre, dévoué à la réussite de ses élèves. Je répète leurs noms à dessein, des fois que les hasards d’une recherche les conduisent à ces quelques lignes. Qu’ils sachent que nous ne les oublions pas !

 

12 mars 2026

Au-delà de Doubaï, la question du déclin de la culture générale

C’est malheureux de commenter une telle sottise mais visiblement, l’affaire se prolonge et alimente quelque peu l’actualité pourtant chargée ces jours-ci. Rappel des faits : début mars 2026, quelques dizaines de Français se trouvent à Doubaï (orthographié en anglais dans les médias, bien entendu), en vacances. Avec près de 400 000 autres Français qui se trouvent au Moyen-Orient, ils se trouvent en danger.

De qui s’agit-il ? Si l’on excepte la quasi totalité de ce nombre qui est formé d’expatriés, de personnes installées là-bas pour le travail, ce sont des vacanciers et des gens qui fréquentent ce petit pays désertique pour des raisons fiscales. Monaco étant devenu trop petit, quand on a les moyens (avec les économies réalisées sur les impôts qu’on ne paie pas), on prend l’avion et l’on profite des mêmes avantages, avec en plus, beaucoup moins de risques de pluie. Beau temps assuré presque toute l’année.

 

Sauf que le petit émirat a été frappé, fin février par des tirs de l’armée iranienne. Surprise, ces gens-là, qui profitent de vacances (sans doute) bien méritées au soleil, et qui ne demandent rien à personne, ne savent pas que la région est en guerre. On pourrait dire que ça fait 5000 ans que ces territoires sont en guerre, à tour de rôle, mais abrégeons et rappelons seulement que, depuis le début de l’année 2026, les événements se précipitent. On a pourtant abondamment parlé des émeutes en Iran, de leur sanglante répression qui aurait fait, selon les sources, + 30 000 morts. Les É-U, par la voix de leur président, ont annoncé leur intention d’intervenir avec une force jamais encore déployée dans toute l’Histoire, qui n’en manque pourtant pas. Même sans être un expert ou sans être concerné, on en entend forcément parler. Forcément ? Rien n’est moins sûr, la preuve !

 

Contre toute évidence, ils n’étaient pas au courant que leur plage (artificielle) se trouve à un peu plus de 150 km de la côte de l’Iran et environ 1300 km de sa capitale où sont prises les décisions de bombarder ou tirer. 150 km, c’est à peine plus que la distance de Paris à Orléans mais, là encore, on peut supposer que ces gens-là ne savent pas où c’est. Quel intérêt pour eux, d’aller à Orléans quand on peut aller à Doubaï ? Ils ont sans doute pensé que la bulle qui entoure la piste de ski (artificielle), les protège aussi des missiles. Pensent-ils seulement ?

 

Pourquoi en parler, alors ? Oh, il ne s’agit pas de se moquer. D’ailleurs, rien n’atteint ces gens-là. Ils vivent dans une bulle, évoluent dans la superficialité, ne possèdent aucune échelle de valeurs et peu de valeurs, d’une manière générale. À une époque, on dénonçait le « bling-bling » mais c’était avant ; avant que ça se généralise. Ce qui a favorisé la généralisation de cette tendance, ce sont les décennies qui ont précédé et qui ont vu le niveau d’instruction et de culture diminuer progressivement, imperceptiblement. Nous l’avons souvent traité dans le blog avec notamment « Les preuves d’inculture générale ».

 

Tout a commencé au cours du septennat de Giscard, lorsque son Ministre de l’Éducation Nationale, René Haby, a décidé de supprimer une heure de français au lycée. À part les profs, tout le monde a applaudi : une heure d’école en moins, c’est toujours ça de pris. Depuis, quel que soit le gouvernement et sa majorité, la part des humanités dans l’enseignement secondaire n’a cessé de diminuer. À titre d’exemple, lorsque M. Chevènement dirigeait le ministère, il a publié de nouveaux programmes dans lesquels, il était recommandé de ne plus étudier Montaigne et Rabelais ou alors, sous forme de courts extraits. À la fin du siècle dernier, la dissertation de culture générale n’était plus choisie que par une poignée de candidats lors de l’épreuve de français du bac. Elle a donc été supprimée au profit de la très formelle dissertation littéraire. Les programmes de 1996 ont mis l’accent sur la technique : reconnaître la ponctuation, le temps des verbes, le schéma narratif etc. Officiellement, on part de la lecture pour déboucher sur l’écriture. Finie la rédaction telle qu’on la connaissait. Désormais, « l’écriture » consiste à produire un nombre limité de lignes en appliquant de nombreuses consignes. L’imagination et plus encore les idées se trouvent exclues de fait. La grammaire a laissé la place à « l’observation réfléchie de la langue ». Finies les règles à apprendre et surtout assimiler. L’orthographe s’en ressent mais comme l’épreuve principale consiste en un « grand oral », ça n’a pas d’importance. D’ailleurs, même pour le Brevet des collèges, une circulaire enjoint les correcteurs à valoriser des phrases compréhensibles phonétiquement, sans considération pour l’orthographe. Tout va bien, donc. Le français, tel qu’il existait, même après les changements de Mai 68, se trouvait en charge de la diffusion de cette culture générale qui fait sens et qui fonde une nation, avec ses composants et ses différences. La culture générale apprend à penser et à penser par soi-même, au moyen de textes émanant de différents auteurs, de différentes époques. Là encore, plutôt que de profiter des outils de plus en plus nombreux et de plus en plus accessibles pour accéder à une véritable palette d’idées, de mouvements artistiques, de civilisations, on limite la discipline à une liste d’œuvres à présenter au baccalauréat. De sorte qu’on encourage les lycéens à limiter leur curiosité et à oublier la liste une fois l’épreuve passée. Pour quoi s’en rappeler et pour quoi voir autre chose, d’ailleurs ? Les langues étrangères perdent du terrain également ; d’autant que les élèves (et nombre de leurs professeurs aussi) ne comprennent pas l’intérêt d’en apprendre à l’heure des traducteurs en ligne. Qu’importe que les résultats soient approximatifs ou carrément erronés, globalement, on se comprend. Éventuellement, on mimera en levant les doigts, les guillemets qui affranchissent de tout. Les langues étrangères, c’est l’ouverture à l’autre. En France, depuis toujours, le principe consiste à étudier non seulement une langue mais à connaître les civilisations des pays où l’on parle d’autres langues. Les traducteurs en ligne ne sont pas faits pour évoquer la marine anglaise qui a dominé le monde pendant des siècles, Time-Square, le far-west, la famine en Irlande, le Machu-Picchu, Aragon et Castille, l’Alhambra de Grenade, le musée du Prado.

 

Depuis une bonne quarantaine d’années, on a laissé faire, on a encouragé. Chaque heure supprimée dans l’emploi du temps des collégiens et des lycéens a été accueillie avec enthousiasme par les élèves, les associations de parents, les professeurs qui n’étaient pas concernés. Les syndicats (le syndicat en fait) n’ont raisonné qu’en termes d’heures de travail rémunérées, de postes. Les rares voix qui attiraient l’attention sur l’appauvrissement des connaissances, sur la perte d’une culture pour cimenter la population et l’enrichir ont été et sont systématiquement disqualifiées. Jusqu’à une Ministre de l’Éducation qui les a traitées de « pseudo intellectuels » pour avoir osé critiquer sa réforme et exprimé des craintes sur la qualité de la culture. Chaque classement PISA est repoussé d’un revers de la main par les responsables. Le classement ne tient pas en compte les dispositifs qui ont été mis en place par leurs soins. Justement, c’est ce qui pose problème et qui voit la France reculer à chaque publication de ce classement. Ça aurait dû, ça devrait donner lieu à un grand débat national. On invoque Bourdieu, qui dénonçait la reproduction des inégalités sociales par l’École. Sauf que depuis qu’on le revendique, les inégalités n’ont cessé de se creuser. La part d’enfants d’ouvriers (de petits salariés devrait-on dire à présent), dans les grandes-écoles est moindre qu’à son époque. Ça devrait faire réfléchir. Les inscription dans l’enseignement privé augmentent chaque année et même en cours d’année. Encore faut-il prendre en considération que les places y sont limitées et que des établissements refusent du monde. Ceux qui haussent les épaules devant le classement PISA, qui ironisent sur ceux qui ont tiré le signal d’alarme, qui ne trouvent rien à redire à l’abandon des grands textes et à l’effacement de la culture générale, dénoncent aussi l’école privée. Jamais, ils ne se demandent pourquoi, des familles vivant en HLM, y inscrivent leurs enfants. On dénonce, ça oui, on invective, on insulte, même, mais jamais on ne cherche les causes. D’ailleurs, la relation entre cause et conséquence n’est plus abordée à l’école. On constate. On « observe ». Comment pourrait-il en être autrement quand on a pas cette familiarité avec les grands textes, avec l’exposé des idées, avec l’argumentation, avec la recherche du sens ! On propose un prêt-à-penser qui indique quelle opinion il est convenable d’adopter. Dans les rares cas de confrontation, on aura soin de caricaturer l’opinion adverse. Rien n’est mobilisé pour susciter la réflexion. On pense pour vous. On décide pour vous.

 

Ce pseudo événement qu’est le problématique rapatriement des vacanciers de Doubaï, devrait attirer l’attention car il est le résultat direct et palpable de la diminution de la part des humanités dans l’enseignement secondaire depuis ces décennies et de l’effacement de la culture générale. À l’heure où l’on culpabilise les voyages en avion, ces gens-là n’hésitent pas à le prendre pour aller ne rien faire au soleil. Si encore, ils voyageaient pour découvrir une civilisation, il n’y aurait rien à redire, au contraire. Ils vont là-bas pour trouver tout ce qui existe et en mieux, en France et dans la plupart des pays de la zone tempérée. Ils vont là-bas pour ne pas payer de taxes et rejoindre des soi-disant influenceurs à la mode, installés sur place pour échapper aux impôts. En France, la propagande contre l’impôt est telle – et depuis toujours – qu’on ne sait même plus pourquoi on en paie. Tous ces gens qui se vantent d’échapper au fisc n’ont pas hésité, dès qu’ils ont entendu le bruit des explosions, à exiger que l’État (qu’ils honnissent en temps ordinaire) mettent à leur disposition un avion pour un retour immédiat. Ils n’ont pas pensé non plus que l’espace aérien est forcément interdit. Savent-ils seulement ce qu’est un espace aérien et qu’un avion ne peut pas survoler n’importe quel territoire ? Ils doivent penser qu’un avion est une sorte de métro de luxe qui n’a pas besoin de rails. On a entendu quelques uns de ces gens-là affolés, pleurnicher parce que coincés dans ce beau pays qui, soudainement, n’était plus si beau que ça et montrait sa vulnérabilité. Sa quoi ? Vulnérabilité ? Ces gens-là s’imaginent vivre « Apocalypse now » : aucune échelle des valeurs ! Tout ça est le résultat de cette inculture générale qui a recouvert peu à peu le pays, depuis maintenant, plusieurs années. Là encore, personne ne se demande pourquoi, des adultes connus, adulés, riches, se comportent comme des mômes qui pleurent après leur mère. On se moque d’eux. On leur rappelle que l’impôt sert, entre autres, à venir en aide à des personnes en danger, ici ou plus loin. On leur rappelle aussi qu’en rentrant, l’hôpital payé par l’impôt, l’assurance maladie (la Sécu) prendront en charge leurs traumatismes. Tout ça n’est pas naturel et n’existe pas dans des pays comme Doubaï, comme les États-Unis, comme la plupart des pays du monde, d’ailleurs. L’impôt y est moindre qu’ici, forcément, mais les aides sont inexistantes aussi et la solidarité n’a pas cours. Cause et conséquence… Alors, c’est bien de les voir déboulonnés de leur piédestal et ramenés à la dure réalité, par l’opinion publique. Cependant, il est douteux qu’ils en tiennent compte et que ça leur serve de leçon. D’après ce qu’on peut savoir d’eux, ce qu’on peut observer de leur comportement, ce sont des personnes fondamentalement égocentriques. Ils ne voient que leur peur après avoir entendu exploser et leurs angoisse quand on leur a dit qu’aucun avion ne peut décoller dans ces conditions. Peu leur importe qu’à quelques centaines de kilomètres de là, des centaines de gens trouvent la mort dans le même temps.

 

Ici, les médias en ont parlé. Les uns pour attirer l’attention sur un nouveau drame humanitaire vécu par des compatriotes. Les autres pour relativiser par rapport aux bombardements et aux victimes. Finalement, le grand public s’en fiche, comme il se fiche de l’exil fiscal alors même que c’est lui qui doit payer l’impôt à leur place. Causes et conséquences. Quant à l’effacement progressif de la culture générale, personne ne fait le lien. Causes et conséquences.

 

23 février 2026

La Cinq ou l’audio-visuel dans les années 1980

 

 

À l’occasion du 40e anniversaire du lancement de la cinquième chaîne de télévision française, certains expriment leur nostalgie. Pourtant, pendant un peu plus de 10 ans, on a assisté à un psychodrame quasi permanent. En fait, il tient son origine dans l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République, en mai 1981. La foule en liesse, place de la Bastille à Paris, non seulement se réjouissait de la victoire tant attendue de la gauche mais certains réclamaient les têtes d’Elkabach et Duhamel, journalistes vedettes qui s’étaient surtout illustrés par leur capacité à mettre en difficulté les personnalités de gauche, ainsi que d’autres vedettes du petit écran qu’on avait assez vues. C’est dire l’importance qu’avait prise la télévision depuis une bonne quinzaine d’années.

 

L’expansion avait favorisé son achat dans la plupart des ménages. C’était devenu une priorité avant même quelques équipements, pourtant plus utiles. La télévision, faut-il le rappeler, est un medium qui tendait à remplacer tous les autres. Pour certains, c’était un moyen de rompre l’isolement tandis que pour la plupart des autres, il dispensait de sortir pour aller au cinéma, au stade, au théâtre, au musée ou pour acheter son journal. Jean-Christophe Averty déplorait que les programmes proposent « Au théâtre ce soir », au cinéma ce soir mais jamais à la télévision ce soir. Lui, était passionné par la technologie et les ressources qu’elle offrait, quand le grand public se satisfaisait parfaitement de ce meuble qui dispensait des informations et surtout des divertissements, moyennant une modeste redevance à l’État qui, décidément, a toujours besoin de prendre l’argent des Français. Passées les années d’émerveillement devant ces images qui parvenaient chez soi, augmentées par l’arrivée d’une 2e chaîne, bientôt en couleurs, à l’occasion des Jeux Olympiques de Grenoble en 1968, puis d’une 3e chaîne, les téléspectateurs ont fini par se lasser. Avec seulement 3 chaînes, le choix était limité et à chaque rentrée, on regrettait l’arrêt d’une émission qu’on aimait bien mais surtout on voyait toujours les mêmes, inviter toujours les mêmes chanteurs ou les mêmes politiciens, sempiternellement. « La France s’ennuie », titrait Pierre Viansson-Ponté, début 1968. C’est dire si ça vient de loin et, à la faveur de « charrettes » (= vagues de licenciements dans l’audio-visuel), de réhabilitation, de retours, on finissait toujours par voir ou revoir toujours les mêmes. En 1974, le PR nouvellement élu, Giscard d’Estaing et son PM, Chirac, frappent un grand coup en faisant éclater l’ORTF : 3 chaînes indépendantes les unes des autres et un groupe de radios en sortent. On n’y pensait sans doute pas à ce moment-là mais ça facilitera quelques initiatives par la suite. Pour le moment, les grands personnages de l’État se contentaient d’espérer pouvoir contrôler, chacun, une des 4 sociétés de programmes. À la fin de la décennies, ce qui a prévalu depuis le début de la 5e République n’est plus admis par les élites, ni par la population. L’audio-visuel ne formait qu’une petite partie du programme du futur élu mais il n’empêche que les militants de bases et les électeurs l’ont placé en tête lors de la fête qui a suivi l’élection.

 

À la rentrée de 1981, les 4 PDG des chaînes de radio et de télévision de l’État (on ne disait pas encore « les chaînes de service public ») ont changé et proposent des programmes innovants. Il n’y a pas eu de « charrettes » mais on a poussé certains vers la sortie et d’autres ont préféré laisser la place, conscients qu’ils n’étaient plus dans l’air du temps. Le temps était au changement, comme on disait alors. Le premier changement a consisté à faire passer à 20 h 30, les programmes qui commençaient jusque là à 21 h 30. L’idée consistait à permettre au plus grand nombre de regarder à une heure décente les émissions d’information, de culture, de réflexion, et de reléguer les divertissements (qu’on peut lâcher à tout moment) après. Sauf que ça n’est pas passé aussi bien qu’on l’aurait souhaité. Les journaux populaires et la presse régionale ont relayé largement le mécontentement. L’opposition, laminée, a vite compris qu’elle tenait là un instrument en or pour se refaire, en occupant le terrain, jour après jour, pour critiquer le nouveau pouvoir en place. Les réformes menées par le Gouvernement n’étaient contestables que sur le moment et pour les personnes concernées tandis que la télévision concerne tous les foyers et tous les jours. Il était donc facile d’entretenir le mécontentement. À l’époque, le groupe Hersant détient un oligopole sur la presse écrite en France. Il faut imaginer une bande qui part de Bruxelles (participation dans Le Soir) et descend jusqu’en Avignon, large de 2 ou 3 Départements. Il faut encore ajouter la Normandie où le groupe Hersant édite le quotidien de droite, Paris-Normandie et Le Havre Libre, communiste… À titre d’exemple, outre un éditorial enflammé contre une émission de la veille, dans chacun des près de 20 quotidiens du groupe, on pouvait lire sous les programmes, une mention du genre : aujourd'hui, sur les 3 chaînes publiques, il y a 3 heures 35 de rediffusion. En fait, ça portait surtout sur les feuilletons et séries diffusés l’après-midi, et quelques films du soir. De sorte que Mitterrand a sommé ses équipes de trouver une solution. C’est ainsi qu’est né Canal+, qui innovait, en effet mais nécessitait un décodeur payant. La chaîne relevait du droit privé mais les équipes dirigeantes venaient des cercles progressistes. Mitterrand met également fin à la participation de l’État dans le capital de la radio Europe 1. Le groupe Lagardère la détient désormais complètement et jusqu’à récemment. Lagardère n’est pas particulièrement de gauche, bien au contraire mais se tient en dehors du jeu politique et ne fréquente pas le pouvoir. Par conséquent, Europe 1 qui aurait pu servir de base à une chaîne de télévision de droite ne pourra pas servir. La droite redouble donc de critiques à l’endroit de la télévision, toujours relayées par les nombreux quotidiens et hebdomadaires du groupe Hersant qui ont lancé des suppléments consacrés aux programmes de télévision, vendus le samedi avec France-Soir et Le Figaro, puis avec la plupart des titres régionaux du groupe. Ça deviendra TV-magazine qui existe encore. Devant l’échec électoral qui se profile, Mitterrand frappe un dernier coup, peu avant les élections législatives de 1986.

 

Deux chaînes privées et sans abonnement sont crées. Furieux de s’être fait coiffer au poteau sur son propre terrain, celui des privatisations, la droite hurle au scandale et suspecte le copinage. De quoi s’agit-il ? Une cinquième chaîne est confiée à une équipe emmenée par un professionnel de la télévision privée… en Italie, Silvio Berlusconi, qualifié « d’ami » de la gauche. Quand on connaissait ses chaînes et leur orientation politique, on ne pouvait que sourire mais justement, en France, personne ne le connaissait. Le groupe Hersant pouvait donc le faire passer pour un gauchiste. La sixième chaîne devait obéir à un cahier des charges tourné vers les jeunes et leurs musiques. Elle est confiée au groupe Publicis, pas vraiment de gauche non plus. Qu’importe, la droite ne supporte pas qu’on privatise à sa place et surtout qu’elle ne puisse pas placer des hommes de son sérail. Par conséquent, la campagne quotidienne contre l’audio-visuel sous le gouvernement de gauche ne cesse pas et s’amplifie jusqu’à la victoire de la droite aux législatives. Inutile de préciser que, tout comme la gauche dès l’été suivant le scrutin de 1981, la droite s’empresse d’agir sur la télévision. Là où la gauche avait préféré la persuasion, la droite opte pour la coercition. La Haute-Autorité (ancêtre de l’ARCOM) a été dissoute, remplacée par la CNCL dont 11 des 11 membres provenaient de la droite. Elle a licencié les PDG et nommé des personnes de son sérail, ainsi qu’il convenait alors. Le gouvernement Chirac a décidé aussi de privatiser TF 1, la chaîne qui avait le plus d’audience, notamment parce qu’encore à l’époque, toutes les antennes individuelles ne peuvaient pas capter les autres. Quant aux 2 chaînes privées, elles ont simplement été réattribuées (sans mise sur le marché) à des amis de la droite. TV 6 est confiée à la CLT (qui contrôle RTL) et a pris le nom de Métropole TV (M6) tandis que La Cinq a conservé son nom mais Berlusconi s’était vu contraint de s’associer à Hersant… Après avoir débauché à grands frais les vedettes de l’audio-visuel de l’époque, La Cinq proposait des programmes sans originalité : rediffusion de feuilletons de l’ORTF (qui plaisent toujours) et de séries étatsuniennes, amorties depuis longtemps ainsi que des resucées d’émissions jusque là diffusées par les autres chaînes, avec un simple changement de nom. Bien évidemment, la presse Hersant n’indiquait plus le nombre d’heures de rediffusions sur les chaînes de l’État, vu que sa chaîne ne proposait, pour ainsi dire, que des rediffusions, à l’exception notoire du journal télévisé.

 

Le (re)lancement de La Cinq s’est accompagné d’une campagne publicitaire de grande ampleur où l’on pouvait voir les trombines des vedettes de la nouvelles chaîné, déclinées 5 fois, avec ce slogan : Cinq you La Cinq. Les Français sont les seuls à comprendre les jeux de mots bilingues qui sont une spécificité nationale. Sauf que, la 5e chaîne ne disposait pas encore d’un réseau de relais pour être captée partout et, ajouté à des programmes dépourvus d’originalité, elle n’a pas trouvé son public. De son côté, M6 forcée d’innover et contrainte par son cahier des charges, a grignoté des parts de marché jusqu’à devenir « La petite chaîne qui monte ». Il n’en fallait pas plus pour susciter la curiosité puis un engouement. De sorte que La Cinq était devenue la chaîne en trop. Ses vedettes quittaient le navire, fâchées de ne pas retrouver leurs audiences habituelles. Quant aux programmes, il n’était plus question que davantage de rediffusions et de films entrecoupés de plusieurs coupures publicitaires ; mais qui, même par soutien idéologique, allait payer pour passer sa pub sur une chaîne en perdition. Le groupe Hachette, désormais propriété de Lagardère, a repris la 5e chaîne mais sans originalité non plus, n’est pas parvenue à trouver son public.

 

Une fois de plus, nous nous interrogeons, ici, sur la mesure de l’audience des médias audio-visuels. À l’époque, on affirmait, statistiques à l’appui, que peu de gens regardaient La Cinq. Pourtant, il n’était pas rare de trouver dans un foyer, une personne seule devant un feuilleton rediffusé par La Cinq. Ceux, celles surtout, qui restent à la maison l’après-midi, apprécient ces rediffusions qu’on regarde avec plaisir, car on y retrouve des acteurs d’autrefois, jeunes, qui rappellent des souvenirs. Par conséquent, le manque de succès est très relatif. D’ailleurs, une fois éliminée La Cinq, M6 qui avait trouvé des formules originales a préféré assurer son audience en reprenant celle de sa 5e concurrente, à savoir la rediffusion de feuilletons. À l’heure d’écrire ces lignes, c’est toujours son fond de commerce. Preuve que la recette de La Cinq n’était pas si mauvaise que ça, ni surtout aussi mauvaise que ne le prétendaient les résultats d’audiences. On peut observer la même chose, depuis plusieurs années avec arte. La chaîne culturelle franco-allemande serait à la ramasse depuis le début. Pourtant, tout le monde la connaît et ce n’est pas la cas de la plupart des chaînes de la TNT. Tout le monde la regarde, même occasionnellement. Il n’est pas rare d’entendre dans une conversation, des personnes échanger à propos d’une émission, d’un reportage ou d’un film qu’on ne peut voir que sur arte. Pour une chaîne qui n’aurait pas de succès, c’est plutôt pas mal.

 

40 ans plus tard, la société a bien changé. Les chaînes se sont multipliées dans les 1990s, grâce aux satellites. Là aussi, 1 puis 2 puis à nouveau 1 seul satellite arrose l’ensemble des foyers. Et puis, il y a eu « le câble ». Là aussi, les monopoles locaux des sociétés d’adduction d’eau, ajoutant « le câble » à leurs services, ont vécu. L’Internet est arrivé et beaucoup des titres de la presse Hersant ont disparu. Ceux qui demeurent font désormais partie d’autres groupes de médias, pas plus de gauche qu’avant mais moins idéologiques, à l’exception du groupe Bolloré qui a pris le contrôle du groupe Hachette-Lagardère. La cinquième chaîne a trouvé son public, comme toutes les autres, en devenant une chaîne (de moins en moins) thématique. Son créneau, au départ, était de devenir une chaîne éducative. Il a fallu que l’État s’en mêle. Alors que l’idée de Chirac, en 1986, consistait à favoriser les groupes privés, forcément favorables à la droite, et finissant par affaiblir les 2 chaînes dites de service public (soumises aux aléas des revers électoraux), c’est le contraire qui s’est passé. TF1 a maintenu sa primauté, malgré (ou grâce aux) les critiques. Les autres chaînes privées ont revu leurs ambitions à la baisse mais les 2 chaînes d’État ont fusionné et constitué un groupe qui s’est payé le luxe de créer de nouvelles chaînes et dont les émissions sont largement commentées. Les autres ne peuvent pas toutes en dire autant. Reste que si la droite a changé, s’il n’y a plus de rivalité entre les Chiraquiens et les libéralistes puisque tous sont devenus libéralistes ou ultra-libéralistes, elle espère toujours mettre fin à l’audio-visuel qu’on qualifie depuis quelques années de « service public ». L’extrême-droite demeure convaincue que l’intervention supposée de l’État dans les médias, l’empêche d’accéder au pouvoir. Désormais proche de gagner les élections, elle annonce comme mesure phare, la privatisation. Comme quoi, chaque alternance voit ou verra l’audio-visuel comme priorité des priorités. La droite n’a pas renoncé non plus mais se montre divisée. Les uns ont retenu les leçons du passé quand les autres veulent la fin pure (surtout pure) et simple de l’intervention de l’État dans l’économie.

 

 

14 janvier 2026

Iran, mi janvier 2026

Difficile de passer à côté de l’Iran, tant l’insurrection populaire a surpris les commentateurs habituels. La mémoire collective étant ce qu’elle est, on n’en finit pas d’entendre que c’est la première fois ou que ça n’était jamais arrivé. Voire ! En fait, depuis 47 ans, presque un demi-siècle, l’histoire de l’Iran s’écrit surtout en lettres de sang. La répression est monnaie courante. Les exécutions de personnalités et les assassinats ont fait la une des journaux. Les attentats commis à l’extérieur, notamment en France, faisaient partie des pratiques du pouvoir en place, maintenu par la force et la terreur. Rien de tel pour tenir qu’une milice fanatisée, bien entraînée et largement rémunérée en espèces et en nature. De telle sorte qu’on s’y est habitué et qu’il faut un environnement particulier pour attirer l’attention. Elle n’a pas relâché depuis la fin tragique de Mahsa Amini, une étudiante tabassée à mort pour avoir mal couvert ses cheveux. Sans doute, son origine kurde a-t-elle renforcé la détermination de la « police des mœurs » ; puisque cela existe dans un État qui instrumentalise la religion à son profit. Ainsi, depuis un peu plus de 3 ans, l’opinion publique occidentale est plus attentive à ce qui se passe en Iran, pays qui indiffère le reste du temps ; d’autant plus qu’on ne comprend pas ce pays. L’Iran est l’héritier de la Perse, pluri millénaire, donc ce n’est pas un pays arabe dans un Moyen-Orient qu’on a tendance a voir monobloc. Musulman, il a développé une religion à la suite d’un schisme que les autres musulmans récusent violemment, comme tous les schismes de toutes les religions. Quand ça devient compliqué, l’opinion publique se détourne. En France, les attentats de 1986 ont contribué à l’image abominable de ce pays. Voilà pour le contexte.

 

Depuis la réaction de 1979, improprement appelée « révolution » puisqu’elle n’a rien de progressiste, bien au contraire, l’Iran fait face à l’hostilité générale. D’abord, la brutalité de l’installation du nouveau régime, les exécutions qui ont suivi, la prise d’otages de diplomates étatsuniens, et surtout le 2e choc pétrolier, consécutif de l’instabilité, ont provoqué la méfiance et l’aversion de presque tous les pays et de leurs population. Presque tous les pays parce que, rappelons-le, il n’y a de Perses qu’en Iran et de chiites qu’en Iran ; à l’exception de minorités par ci, par là qui, par définition, sont minoritaires. Profitant de cette animosité, l’Irak de Saddam Hussein déclare la guerre à son voisin. C’est le début de la première guerre du Golfe, qui a duré 8 ans et provoqué plus d’un million de morts. L’armée, favorable à l’ancien régime du chah, s’est trouvée occupée sur les champs de batailles ainsi qu’une partie de la population, les plus patriotes, qui s’est portée volontaire. Le pouvoir a eu les mains libres à Téhéran et a poursuivi la mise en place de la dictature. Dans le même temps de guerre, l’Iran reçoit des armes – en sous mains mais en nombre – de la part des É-U et même d’Israël, les deux ennemis déclarés du régime. L’Iran, déjà sanctionné au niveau mondial, a fini exsangue. Malgré tout, le pays et sa population s’en sortent. Les mollahs qui ont pris le pouvoir instaurent une politique qui vise l’auto-suffisance. Petit à petit, l’Iran reprend sa place dans le concert des nations et compte à l’international.

 

Le monde musulman, l’oumma, a suivi les événements. La prise du pouvoir par des religieux intégristes a eu une influence considérable. Écartés de la marche du monde depuis au moins 500 ans, les musulmans dans leur ensemble, retrouvent une fierté que l’indépendance de leurs pays et le panarabisme n’ont pas apportée. Le modernisme des pays progressistes, comme l’Égypte, la Syrie, l’Irak, la Libye, le Pakistan, l’Indonésie, la Malaisie, a surtout amélioré la situation dans les grandes villes où évoluent les élites. Il a plutôt bousculé et parfois humilié des pans entiers de ces populations. Avec l’austérité de l’intégrisme, le retour proclamé à des pratiques traditionnelles, à des vêtements simples et indémodables, nombre de musulmans de par le monde ont repris espoir. La sobriété, la frugalité ne sont plus subies mais revendiquées. Surtout, les demandes féministes se sont trouvées disqualifiées et ce qui, au début, s’opposait à la mode changeante et coûteuse est devenu une contrainte vestimentaire ; au grand soulagement d’une grande partie de la population masculine. On peut dater l’islamisme politique actuel de 1979. Progressivement, tous les pays musulmans ont adopté, souvent à la faveur de troubles internes, des mesures favorables à l’intégrisme musulman. L’Irak, qui avait combattu cette dérive et qui se posait en puissance régionale moderne a fait apposer « Dieu est grand » sur le drapeau du panarabisme, adopté des années auparavant. En France, le premier conflit à propos du port d’un foulard connoté religieux date de 1989, soit dix ans après l’arrivée des mollahs au pouvoir à Téhéran et l’instauration progressive d’obligations religieuses dans les pays musulmans au cours de la décennie.

 

Le message est clair : désormais le monde doit compter avec les musulmans. Aux États-Unis, comme d’habitude, on ne comprend rien. La population est obnubilée par sa « liberté » (individuelle). Donc, après avoir encaissé le premier puis le deuxième choc pétrolier, on a estimé tout à fait légitime de pratiquer sa religion, et intéressant de savoir les musulmans préoccupés par la prière, tant qu’on peut faire affaire avec eux. D’où l’aide des É-U aux mouvements islamistes pour lutter contre l’ennemi suprême, le communisme qui combat la « libre » entreprise et la religion. Horreur absolue pour les États-Unis et pour les islamistes. Sauf que les islamistes ne comptaient pas en rester à construire des mosquées et obliger les femmes à porter des vêtements conformes. Ils n’ont pas tardé à se retourner contre ceux qui les ont aidés au début, accusés d’être trop modernes et pas assez favorables à l’islam qui se renforce partout.

 

Dans nombre de pays d’Europe et surtout en France, le revirement des islamistes a été vu comme une offensive contre le capitalisme et donc salué par la gauche. Paradoxalement, la gauche qui a combattu pour la laïcité – exception française intraduisible dans les autres langues – soutient les revendications des conservateurs musulmans et les régimes les plus réactionnaires qui instrumentalisent la religion. Nous y reviendrons.

Depuis 47 ans, l’Iran a survécu malgré les épreuves : une longue guerre, des sanctions économiques lourdes, des émeutes récurrentes. Mieux, l’Iran, désormais autosuffisant, peut se permettre de fabriquer des armes, de lancer un programme en vue de développer une bombe atomique. Le pays sous embargo a su développer une autonomie technologique, notamment dans les domaines militaire et spatial. Récemment, l’Iran construit à peu de frais des drones militaires très performants, qui permettent à la Russie de conserver l’avantage dans sa guerre contre l’Ukraine. En informatique, le pouvoir peut contrôler quasiment toutes les communications, identifier rapidement les opposants et leurs intentions, couper l’électricité à sa guise.

 

Les commentateurs, en France, prennent leurs désirs pour des réalités. L’ampleur des manifestations actuelles ne doit pas faire illusion. Le régime en a vu d’autres et, chaque fois a répliqué et réprimé. Le régime est certes très affaibli après le bombardement du printemps dernier qui a endommagé, un peu, les installations nucléaires mais qui a poussé le régime à renforcer sa défense classique. Les alliés traditionnels de l’Iran, les « proxis » comme on dit aujourd’hui, sont fortement diminués mais pas éliminés. Les houthis du Yémen demeurent actifs et peuvent soulager le régime en cas d’attaque extérieure. L’opposition n’est pas structurée. En 1979, non plus mais elle s’était trouvée une figure de proue en la personne de cet ayatollah qui vivait en exil près de Paris. Elle s’était fédérée autour de lui. Cette fois, émerge la personnalité de Réza Cyrus Pahlavi, héritier du chah déchu ; ce qui ne plaide pas en sa faveur. Néanmoins, on s’accorde sur le fait qu’au contraire d’autres opposants, il a grandi en Iran mais, de par son très jeune âge, n’est pas impliqué dans le despotisme éclairé de son père et des crimes de sa police secrète. De fait, il est la seule personnalité quelque peu marquante. On peut alors envisager une solution à l’espagnole. À la mort du dictateur Franco, la monarchie a été rétablie. Le roi Juan-Carlos nomme un ancien ministre de Franco à la Présidence du Gouvernement : Adolfo Suarez. Celui-ci met en place une transition qui propose rapidement une constitution et des élections dans la foulée ainsi qu’une loi d’autonomie qui s’appliquera progressivement à la Catalogne et au Pays-Basque, dans un premier temps, et à tout le pays dès que ce sera possible. Dès lors, l’Espagne devient un des pays les plus démocratiques du monde et se permet le luxe d’organiser la Coupe du Monde de football dès 1982, d’adhérer à la Communauté Européenne en 1986 avant l’apothéose de 1992, avec l’Exposition Universelle de Séville et les Jeux Olympiques de Barcelone. La différence majeure avec l’Iran, c’est que l’Espagne évoluait dans un environnement démocratique, ce qui est loin d’être le cas du Moyen-Orient. Malgré tout, on considère qu’en cas d’intervention armée des É-U, le Guide suprême ainsi que le premier cercle du pouvoir seraient éliminés d’une manière ou d’une autre. Ensuite, le pouvoir de transition passerait entre les mains de nombre de cadres du régime actuel. La personnalité de l’héritier de la monarchie pourrait aider la coordination entre ces cadres et les opposants de retour d’exil.

 

Nous avons rappelé, au début, comment la théocratie iranienne a bouleversé le Moyen-Orient et le ressenti de tous les musulmans, malgré le chiisme des Iraniens. Il se pourrait que cela affecte aussi la politique intérieure française ; sans conséquence sur la marche du monde, donc. Actuellement, une partie de la gauche a pris fait et cause pour les islamistes, défendant des revendications religieuses alors même que la France accueille nombre d’exilés de pays musulmans, d’Iran notamment, progressistes et farouchement opposés à la mainmise religieuse sur la société. Que le bazar et la rue de Téhéran fassent sauter le couvercle qui les opprime et leur aspiration au progrès va éclater. La presse de droite qui dispose de moyens considérables, et dont une grande partie s’en prend déjà aux contradictions de la gauche sur ce sujet, ne manquera pas de dénoncer l’erreur persistante de certains courants. La gauche a plutôt bien négocié l’effondrement de l’Urss, autrefois. Seulement, le communisme était une option politique, une idéologie. On a pu réaliser un aggiornamento. Ce sera autrement plus difficile cette fois.

 

L’insurrection des Iraniens touche, dit-on, toutes les villes, grandes et moyennes. Notons, encore une fois, que ce n’est pas tout le pays, qui compte 90 millions d’habitants. Le régime a survécu à nombre d’attaques en près d’un demi-siècle et il n’est pas encore à terre, ni même menacé. Tout au plus est-il amoindri. Ce n’est pas la première fois, même si les occurrences se sont rapprochées ces dernières années. Il n’est absolument pas acquis que les intentions de l’administration US soient de renverser le régime, bien au contraire. Elle avait tout loisir d’y parvenir au printemps dernier et elle a à peine endommagé des installations sensibles. Elle n’est absolument pas hostile à la religion et à ses mœurs. Elle cherche seulement à éliminer une menace militaire sérieuse et à assainir dans ses intérêts le commerce du pétrole. Même si des scénarios sont plausibles et envisageables, rien n’est écrit à l’avance.

 

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